• Toujours plus vite et toujours plus loin

    Il passe rarement une année sans qu'il ne soit question de transports. Des routes de contournement, de nouveaux tunnels, des augmentations tarifaires, des taxes... Dans tous les cas, un discours unanime : le réseau de transports arrive à saturation, il faut donc l'adapter aux besoins grandissants de notre mobilité. Cette évidence mettant tout le monde d'accord, les débats se résument généralement à ceci : d'un côté, les défenseurs de l'automobile individuelle ("ceux de droite"), atteints d'une allergie violente aux restrictions et aux taxes, et cherchant à étendre encore et toujours le réseau routier ; d'une autre part, les partisans des transports publics ("ceux de gauche" et les soit-disant écologistes), cherchant à augmenter la capacité du réseau ferroviaire, les cadences de desserte et le nombre de places dans les trains (et, accessoirement, à utiliser l'argent du peuple pour financer des projets surtout utiles à l'économie). Sans oublier bien sûr des intermédiaires se disant modérés ("ceux du centre"), cherchant à combiner un peu des deux en essayant de satisfaire tout le monde.

    Le projet «FAIF» est un exemple parfait de ce pseudo-affrontement des idéologies : tout le monde, médias y compris, veut nous faire comprendre cette votation comme une bataille entre écologie et automobilistes (en gros).

    Ce projet, en quoi consiste-t-il au juste ? Plus de budget pour le réseau ferroviaire, oui, mais pas pour n'importe quoi : cet argent est destiné à augmenter la capacité des grandes lignes interurbaines et d'agglomération. C'est-à-dire continuer encore plus dans la direction prise depuis longtemps par nos Chemins de Fer Fédéraux (je dis bien fédéraux, donc de service public) : privilégier le transport de masse des pendulaires, la vitesse et les projets pharaoniques au détriment de tout le transport régional et de la qualité du service aux voyageurs.

    On construit toujours plus de tunnels pour aller plus vite, il y a toujours plus de trains par heure entre les villes, les convois à deux étages se généralisent... et pendant ce temps, le service régional n'a jamais été aussi déplorable : s'il vous est déjà arrivé de prendre des trains régionaux, vous voyez certainement de quoi il s'agit... les gares ne sont plus que de simples haltes, froides et inhospitalières (souvent il n'y a plus ni salle d'attente ni toilettes), les beaux anciens bâtiments de gare sont abandonnés, vendus quand ils ne sont pas détruits... Il n'y a plus de personnel pour vous accueillir et vous renseigner, ni pour veiller à l'état des infrastructures de la gare (lorsqu'elles existent encore). Et encore régulièrement, de petites gares ferment et cèdent la place à un service de bus, souvent parce que la ligne est saturée est que la priorité va à plus de liaisons rapides.

    En même temps, on espionne les voyageurs à coup de caméras de surveillance, on pose des écrans partout, dans les gares, sur les trains, dans les trains...  et on y installe le wi-fi (cela correspond à une demande de la clientèle, selon une certaine conseillère fédérale). Bien entendu, tout ceci est considéré comme étant des améliorations significatives du service aux voyageurs. Mais qui préfère avoir affaire à des appareils plutôt qu'à des hommes ? Le seul rôle encore dévolu à du personnel dans les trains (en dehors du conducteur) est celui de contrôleur...

    Et de tout ça, dans le projet de financement, il n'en est point question. Pas un centime pour le service régional hors agglomération, l'entretien des petites gares, ni pour un véritable service à la clientèle. Mais, que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir, contrairement à ce qu'on veut faire croire : les CFF sont censés être à la fois un service public et une entreprise privée devant rapporter des revenus à la Confédération... le beurre et l'argent du beurre, ça n'a jamais marché, et bien entendu c'est toujours le voyageur qui en fait les frais, pas les caisses fédérales. Le modèle suisse, quel beau modèle...

    Dans tout ceci, que voit-on ? Une société aveuglée par le toujours plus, plus vite et plus loin, qui refuse toute limite. Qui ne pense qu'à adapter l'offre à la demande, sans même penser à critiquer cette augmentation effrénée. Une société qui a perdu le plaisir de voyager, mais considère le voyage comme une contrainte à écourter et meubler le plus possible.

    Ainsi, le projet FAIF est totalement insatisfaisant, car au service de la société de croissance du toujours plus vite et plus loin, et négligeant tous les problèmes fondamentaux du réseau ferroviaire. Un refus de ce projet serait une bonne épine dans le pied des responsables des transports.

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