• Remplir les coffres, encore et toujours

    Attirer chez soi les plus riches ? À en entendre certains, il s'agit là d'une attitude tout à fait honnête et profitable au plus grand nombre. L'argent que dépensent les multimillionnaires en exil fiscal bénéficie à tous les habitants de la région, ce qui justifie des privilèges fiscaux en leur faveur. C'est du moins ce que prétend une bonne partie de la classe politique suisse.

    Un forfait fiscal, c'est quoi exactement ? C'est le régime d'imposition s'appliquant, dans la plupart des cantons suisses, aux personnes de nationalité étrangère résidant en Suisse mais n'y exerçant pas d'activité lucrative. Leurs impôts ne sont alors pas calculés en fonction de leurs revenus ni de leur fortune mais de leurs dépenses. Bien entendu, ces personnes payent ainsi bien moins d'impôts que si elles étaient soumises au système d'imposition ordinaire. L'intérêt pour la Suisse, attirer des riches dans le pays ; l'avantage pour les intéressés, payer moins que dans leur pays d'origine.

    Ça, c'était pour la théorie. Voyons maintenant les conséquences.

    Tout l'argent ainsi économisé par les exilés fiscaux manquera ailleurs, dans divers pays où il serait certainement plus utile que dans leur compte en banque. Je ne mets pas en doute que la présence de ces «jet-setters» en Suisse soit profitable à certains, et il est fort probable qu'une partie d'entre eux quittera le pays si leurs privilèges venaient à tomber. Mais, indépendamment de ce que ces forfaits fiscaux peuvent apporter de positif, est-ce acceptable de profiter ainsi de l'étranger ?

    Ces impôts qui ne sont pas perçus à l'étranger, si l'État veut gagner de l'argent, ce sont des gens comme vous et moi qui doivent les payer à leur place. Sinon, ce sont autant de coupes budgétaires, de licenciements et de réduction de prestations dans les services publics. Mais oui, les gouvernements étrangers ne sont pas bien différents de ceux d'ici, ils veulent gagner de l'argent et ils le prennent là où il se trouve. S'ils ont moins de rentrées fiscales, ce sont les gens d'en-bas qui trinquent, voilà tout.

    S'enrichir sur le dos de l'étranger en permettant aux grandes fortunes d'échapper à la redistribution sociale, je ne trouve pas ça très correct. C'est le genre de choses à vous donner honte d'habiter dans ce pays. Mais si vous trouvez cela normal, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? À moins que vous ne soyez un de ces fervents défenseurs du sacro-saint fédéralisme ?

    Allons donc, cette Suisse, toujours le parfait modèle. Un brave petit pays qui promeut la démocratie et la paix dans le monde. Toujours en bonne forme, étonnamment… on dirait que les problèmes internationaux ne sont jamais que de légers nuages dans le ciel bleu helvétique. C'est facile quand on vole l'argent des autres. C'est facile de prétendre n'avoir de comptes à rendre à personne tout en permettant aux plus riches du monde entier d'échapper à une redistribution plus juste des richesses… et après on est fier de vanter les mérites de ce fameux modèle de réussite suisse. Si c'est cela la Suisse, eh bien il n'y a pas grande fierté à être suisse.

    Cela dit, attirer des riches chez soi n'amène pas que des avantages, loin de là. Ces gens occupent de grands terrains, font monter les prix de l'immobilier, monopolisent les beaux quartiers de nos villes et villages. Accessoirement, cela crée aussi beaucoup d'antipathie de la part de l'étranger. Mais c'est là une autre question.

    Ces bons vieux Suisses sont trop fermés sur eux-mêmes, contrairement aux coffres de leurs banques, et la démocratie ne peut que refléter cet état d'esprit. Ce n'est pas une raison pour renoncer… à nous de tenter de les rendre raisonnables.

    « Tout commence en soi-même…François n'est pas Charlie »

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