• Nicolas Ier, le retour ?

    Tiens, cette tête me dit quelque chose…

    Eh, mais n'est-ce pas là ce cher Nicolas qui nous fait son retour en sauveur providentiel ?

    Mais oui, c'est bien lui, Nicolas Sarkozy en personne, celui-là même qui, en 2012, déclarait abandonner définitivement la politique en cas de défaite à l'élection présidentielle. Il a osé revenir, le bougre, et pas par la petite porte.

    Pour commencer en beauté, tant qu'à faire, il a changé le nom de son parti. Histoire de donner l'impression qu'il y a quelque chose de nouveau, alors que ce sont les mêmes avec les mêmes idéaux ; mais le nouveau, ça marche, ça fait vendre, et surtout ça fait parler de lui.

    Adieu donc l'Union pour un mouvement populaire (UMP) et bonjour « Les Républicains ». Rendons à César ce qui est à César, il y a du progrès au niveau de la terminologie. Certes, on ne sait toujours pas plus ce qu'ils veulent, la quasi-totalité des partis politiques français se réclamant du système républicain, mais tout au moins ça veut enfin dire quelque chose.

    Je me suis donc amusé à visiter leur nouveau site internet : http://www.republicains.fr/

    Premier constat : le mouvement joue sur la fibre nationaliste. Je suis accueilli par une véritable forêt de drapeaux tricolores.

    Juste après, je suis plutôt surpris de la phrase censée interpeler le visiteur : « Je veux l'alternance ! ». L'alternance ? Mais pourquoi l'alternance ? Par alternance je comprends le basculement périodique de la majorité parlementaire de gauche à droite et vice-versa. L'objectif de ce mouvement politique n'est donc pas d'arriver au pouvoir et d'y rester ? En suivant leur logique, ils ne revendiquent pas le changement mais simplement le droit à leur tour au pouvoir (et ensuite ce serait à nouveau le tour des opposants). Ce n'est certainement pas en se basant sur un principe d'alternance que l'on fait avancer les choses.

    Ensuite, pour m'amuser un peu, j'ai cliqué sur l'onglet « Valeurs ». J'avoue que j'ai bien ri en lisant leur définition du concept de « république » :

    « la République, ce miracle par lequel tant d’hommes dans le monde qui se sont endormis sujets, se sont réveillés citoyens, parce que ce mot signifie pour eux une certaine idée de l’Homme, une exigence qui fait passer les devoirs avant les droits, un « non » catégorique à toutes les formes d’asservissement, et à tout ce qui porte atteinte à l’égale dignité de la femme, de l’homme et de l’enfant »

    N'y a-t-il pas là une sorte de contradiction entre faire passer les devoirs avant les droits et en même temps s'opposer à toutes les formes d'asservissement ? J'appelle cela de l'asservissement que de voir ses droits relégués au second plan… D'ailleurs je lis juste après « Républicains, c’est le nom de celles et de ceux […] qui veulent vivre debout, de leur intelligence, de leur travail, de leur mérite sans être redevable à personne. ». Si je résume, ces gens souhaitent donc que chacun ait des devoirs qui passent avant ses droits mais en même temps ne soit redevable à personne ? Enfin, je ne sais pas, mais je trouve tout de même qu'il y a quelque chose de louche là-dedans.

    En revenant à des choses plus sérieuses, on apprend que le mouvement défend des idéaux de travail, de mérite et d'autorité. Il n'y a pas de doute, on est bien à droite. On n'est même pas bien loin du fameux « Travail, famille, patrie » du régime de Vichy, ne trouvez-vous pas ? Au moins, reconnaissons-le, ce parti ne joue pas sur la fibre populiste en prétendant défendre les plus faibles et les oubliés du système.

    Par contre, je n'ai pas vraiment compris ce que vient faire cette affirmation là-dedans :

    « Républicains, c’est ainsi que se nomment celles et ceux pour qui le combat contre le fanatisme et l’intégrisme, contre l’obscurantisme et la déraison, contre la barbarie et la sauvagerie qui menacent toute forme de civilisation dans le monde, est au-delà de la droite et de la gauche. »

    Si je suis parfaitement d'accord sur le fait que le combat contre le fanatisme et l'intégrisme n'a rien à voir avec le clivage gauche/droite, cette phrase est plutôt incongrue : le mouvement avoue ainsi qu'il n'est pas seul à pouvoir revendiquer son nom ! Étrange, non ?

    Ceci dit, j'ai été très surpris de ne pas trouver le moindre programme politique ! En effet, à part ces longues et belles phrases pleines d'idéaux rassembleurs, il n'y a aucune proposition concrète, aucune solution, rien. Tout compte fait, ce n'est pas bien différent du PLR suisse…

    Voilà donc notre monarque détrôné bien fidèle à lui-même, cherchant à rassembler les troupes derrière lui avec de belles déclarations sans vraiment chercher à changer grand chose. Espérons que les citoyens qui se rendront aux urnes dans deux ans ne se laisseront pas séduire si facilement.

    Nicolas Ier, bientôt un second règne ? Si seulement les gens pouvaient enfin se convaincre qu'il existe d'autres options que l'alternance ou le statu quo…

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