• Germanophobie européenne

    1945… Plus jamais ça qu'on se disait. Il fallait construire une Europe nouvelle, une Europe unie…

    1990… Fin d'une longue époque de confrontation stérile. La grande Allemagne renait. Le rêve européen se concrétise…

    2015… L'union ne fonctionne pas comme prévu. On se plait à accuser le grand méchant loup allemand…

    La crise du système financier et ses conséquences est l'occasion rêvée pour certains de ressortir leurs vieilles rancunes à l'égard de l'Allemagne. À entendre certaines déclarations, je crois que tous n'ont pas encore tiré les leçons de toutes les guerres des XIXe et XXe siècles.

    Le nom qui me vient immédiatement à l'esprit dans cette catégorie est celui de Jean-Luc Mélenchon. Médiatique, rassembleur, l'homme fort du Parti de Gauche français ne mâche pas ses mots. Peut-être devrait-il toutefois y réfléchir à deux fois de temps à autres… Pour lui, le problème numéro un de l'UE, c'est l'Allemagne. Le titre de son dernier livre ? « Le hareng de Bismarck (le poison allemand) »…

    Un petit détour sur son blog (http://jean-luc-melenchon.fr) et j'y lis ceci : « Tsipras a cru bien faire en acceptant les humiliations dictées sous le fouet du « gouvernement-allemand-de-droite-CDU-CSU-et-du-PS » que, par confort de langage et respect pour la patience de qui me lit je nommerai « gouvernement allemand » ou « Merkel » ou « Schaüble ». Je fais cette précision dans l’espoir de ne pas brutaliser les oreilles délicates de Cécile Duflot pour qui l’Allemagne éternelle et intemporelle « n’est pas notre ennemie » davantage que je ne suis son ami. »

    Comprenez-y ce que vous souhaitez…

    Pour ma part je ne supporte pas d'entendre ces agitateurs politiques accuser encore et toujours l'Allemagne d'être responsable de tous les maux au sein de l'UE. Certes, l'Allemagne est le plus gros poisson au sein de l'Union, et Angela Merkel a un poids très important dans la politique internationale, mais il est un peu facile de résumer la situation à un gros méchant et des pauvres victimes.

    Je suis loin, très loin d'approuver la politique du gouvernement de la RFA et je me joins aux critiques à son égard. Mais est-ce pour autant que les autres soient meilleurs ? Le gouvernement prétendument socialiste de François Hollande s'est-il opposé de quelque manière, par exemple dans le cas de la crise grecque, aux mesures imposées au peuple grec ? Les gouvernements néerlandais, espagnol, irlandais, finlandais ou autres se sont-ils comportés différemment ? Certes, ils sont moins bavards qu'Angela Merkel, mais leur politique est la même.

    Alexis Tsipras, que l'on croyait véritable homme de gauche au service de son peuple, a cédé face aux grands capitalistes. Le seul moyen d'éviter ce « Grexit » tant redouté, qu'il disait. Mais une sortie de la Grèce de la zone Euro aurait-elle eu de pires conséquences que de nouvelles mesures d'austérité ? À vrai dire, j'en doute fortement. Mr Tsipras et ses collègues n'ont pas osé imaginer une autre voie que celle de rester dans la zone Euro. Pourquoi ? Était-ce être au service de son peuple que d'accepter des mesures d'austérité auxquelles lui-même ne croyait pas ?

    Alors oui, c'est facile d'accuser l'Allemagne d'être le responsable de la crise grecque alors que personne n'a vraiment fait quelque chose pour s'opposer à la politique de Mme Merkel. Oui, ça fait du bien à son égo de dire que nous sommes les gentils et qu'ils sont les méchants. De toujours reporter la faute sur l'étranger, celui que l'on n'aime pas. Mais cela, c'est de la politique de bas étage, du populisme électoraliste. Qui ne dit mot consent, chers politiciens. Attaquez-vous déjà à vos propres gouvernements avant de vous occuper de l'Allemagne, plutôt que de lancer des boutades aux relents germanophobes dignes des années 1930…

    Peut-être faudrait-il également rappeler à certains que l'UE est un regroupement volontaire de différents États européens, que si l'on n'est pas prêt à accepter que l'Allemagne, de par sa démographie, y ait un poids considérable, mieux valait peut-être ne pas y adhérer. Et pour ceux qui traitent l'Allemagne d'impérialiste, je vous rappelle qu'une clause de retrait de l'union existe et que chaque membre est libre de l'utiliser s'il le souhaite. À bon entendeur.

    La démocratie représentative, c'est cela, mes chers : les plus forts ont toujours raison. Si vous n'osez pas imaginer un autre système, il faudra vous y plier…

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